Un auteur, une œuvre, un film

Lorsqu’on utilise un court-métrage ou un extrait de film, on peut imaginer des exploitations pédagogiques diverses, spécialement lorsque celui-ci provient d’une adaptation d’un récit littéraire. Ainsi :

  • Imaginer une suite possible en visionnement interrompu.
  • Reprendre le texte et comparer les éléments narratifs (situation initiale, déclenchement, déroulement, dénouement, situation finale).
  • Identifier les personnages sélectionnés.
  • S’interroger sur la mise en image des passages.
  • S’interroger sur la mise en scène.
  • Confronter l’adaptation cinématographique et le texte.
  • Identifier ce qui a été mis en évidence, déformé, ajouté, négligé, etc.
  • Reformuler chaque moment clé et mettre en évidence les registres de langue.

On procédera à une recherche préalable sur le biographie de l’auteur afin de contextualiser les éléments textuels, iconographiques et/ou audiovisuels.

Amélie Nothomb : Issue d’une illustre famille bruxelloise, Amélie Nothomb découvre la Chine, New York, et l’Asie du Sud-Est lors des déplacements professionnels de son père, un ambassadeur belge. Née au Japon, elle reste profondément marquée par la culture nippone qu’elle porte dans son cœur et transpose dans ses écrits. Elle retourne en Belgique à l’âge de 17 ans et suit des études gréco-latines. En 1992, son roman Hygiène de l’assassin est accueilli avec un énorme succès et se voit adapté sur grand écran. Frustrée de ne pas être restée au Japon, l’auteur y retourne et retranscrit cette expérience plus que déroutante dans Stupeur et tremblements, couronné Grand prix de l’Académie française en 1999. Ce livre marque une période de retrait médiatique pour l’écrivain qui aime provoquer, puis est adapté au cinéma en 2003. Se définissant elle-même comme une « graphomane malade de l’écriture », elle sort en moyenne un roman par an. Dans le « Robert des noms propres », Amélie Nothomb romance la vie de son amie chanteuse, Robert. Elle publie ensuite Antéchrista (2003), Biographie de la faim (2004), Acide sulfurique (2005), ‘Journal d’hirondelle’ (2006), ‘Ni d’Eve ni d’Adam’ (2007) et Le Fait du prince (2008). Adulée, critiquée, marginale, Amélie Nothomb reste fidèle à ses idées, laisse vagabonder sa plume au gré des pages blanches et couche sur le papier des récits toujours plus originaux les uns que les autres

Document textuel : extraits Stupeur et tremblements Amélie Nothomb éd. Albin Michel 1999

« Le 8 janvier 1990, l’ascenseur me cracha au dernier étage de l’immeuble Yumimoto. La fenêtre, au bout du hall, m’aspira comme l’eût fait le hublot brisé d’un avion. Loin, très loin, il y avait la ville – si loin que je doutais d’y avoir jamais mis les pieds.

Je ne songeai même pas qu’il eût fallu me présenter à la réception. En vérité, il n’y avait dans ma tête aucune pensée, rien que la fascination pour le vide, par la baie vitrée.

Une voix rauque finit par prononcer mon nom, derrière moi. Je me retournai. Un homme d’une cinquantaine d’années, petit, maigre et laid, me regardait avec mécontentement.

– Pourquoi n’avez‑vous pas averti la réceptionniste de votre arrivée ? me demanda‑t‑il.

Je ne trouvai rien à répondre et ne répondis rien. J’inclinai la tête et les épaules, constatant qu’en une dizaine de minutes, sans avoir pro­noncé un seul mot, j’avais déjà produit une mauvaise impression, le jour de mon entrée dans la compagnie Yumimoto.

L’homme me dit qu’il s’appelait mon­sieur Saito. Il me conduisit à travers d’innombrables et immenses salles, dans lesquelles il me présenta à des hordes de gens, dont j’oubliais les noms au fur et à mesure qu’il les énonçait.

Il m’introduisit ensuite dans le bureau où siégeait son supérieur, monsieur Omochi, qui était énorme et effrayant, ce qui prouvait qu’il était le vice‑président.

Puis il me montra une porte et m’annonça d’un air solennel que, derrière elle, il y avait monsieur Haneda, le président. Il allait de soi qu’il ne fallait pas songer à le rencontrer.

Enfin, il me guida jusqu’à une salle gigan­tesque dans laquelle travaillaient une quaran­taine de personnes. Il me désigna ma place, qui était juste en face de celle de ma supérieure directe, mademoiselle Mori. Cette dernière était en réunion et me rejoindrait en début d’après‑midi.

Monsieur Saito me présenta brièvement à l’assemblée. Après quoi, il me demanda si j’aimais les défis. Il était clair que je n’avais pas le droit de répondre par la négative.

– Oui, dis‑je.

Ce fut le premier mot que je prononçai dans la compagnie. Jusque‑là, je m’étais contentée d’incliner la tête.»

Document audivisuel : extrait filmique

Date de sortie cinéma : 12 mars 2003

Réalisé par Alain Corneau
Avec Sylvie Testud, Kaori Tsuji, Heileigh Gomes
Durée : 1h47 min Année de production : 2002
Distributeur : Bac Films

[…]

« Rien n’était plus normal, quand on débutait dans une compagnie nippone, que de commencer par l’ôchakumi – « fonction de l’honorable thé ». Je pris ce rôle d’autant plus au sérieux que c’était le seul qui m’était dévolu.

Très vite, je connus les habitudes de chacun : pour monsieur Saito, dès huit heures trente, un café noir. Pour monsieur Unaji, un café au lait, deux sucres, à dix heures. Pour monsieur Mizuno, un gobelet de Coca par heure. Pour monsieur Okada, à dix‑sept heures, un thé anglais avec un nuage de lait. Pour Fubuki, un thé vert à neuf heures, un café noir à douze heures, un thé vert à quinze heures et un dernier café noir à dix‑neuf heures – elle me remerciait à chaque fois avec une politesse charmante.

Cette humble tâche se révéla le premier instrument de ma perte.

Un matin, monsieur Saito me signala que le vice‑président recevait dans son bureau une importance délégation d’une firme amie.

– Café pour vingt personnes.

J’entrai chez monsieur Omochi avec mon grand plateau et je fus plus que parfaite : je servis chaque tasse avec une humilité appuyée, psalmodiant les plus raffinées des formules d’usage, baissant les yeux et m’inclinant. S’il existait un ordre du mérite de l’ôchakumi, il eût dû m’être décerné. Plusieurs heures après, la délégation s’en alla. La voix tonitruante de l’énorme monsieur Omochi cria :

– Saito-san !

Je vis monsieur Saito se lever d’un bond, devenir livide et courir dans l’antre du vice‑président. Les hurlements de l’obèse résonnèrent derrière le mur. On ne comprenait pas ce qu’il disait, mais cela n’avait pas l’air gentil.

Monsieur Saito revint, le visage décomposé. Je ressentis pour lui une sotte bouffée de tendresse en pensant qu’il pesait le tiers de son agresseur. Ce fut alors qu’il m’appela, sur un ton furieux.

Je le suivis jusqu’à un bureau vide. Il me parla avec une colère qui le rendait bègue :

– Vous avez profondément indisposé la délégation de la firme amie ! Vous avez servi le café avec des formules qui suggéraient que vous parliez le japonais à la perfection !

– Mais je ne le parle pas si mal, Saito‑san.

– Taisez‑vous ! De quel droit vous défendez-vous ? Monsieur Omochi est très fâché contre vous. Vous avez créé une ambiance exécrable dans la réunion de ce matin : comment nos partenaires auraient‑ils pu se sentir en confiance, avec une Blanche qui comprenait leur langue ? A partir de maintenant, vous ne parlez plus japonais.

Je le regardai avec des yeux ronds :

– Pardon ?

– Vous ne connaissez plus le japonais. C’est clair ?

– Enfin, c’est pour ma connaissance de votre langue que Yumimoto m’a engagée !

– Cela m’est égal. Je vous donne l’ordre de ne plus comprendre le japonais.

– C’est impossible. Personne ne peut obéir à un ordre pareil.

– Il y a toujours moyen d’obéir. C’est ce que les cerveaux occidentaux devraient comprendre.

« Nous y voici », pensai‑je avant de reprendre :

– Le cerveau nippon est probablement capable de se forcer à oublier une langue. Le cerveau occidental n’en a pas les moyens.

Cet argument extravagant parut recevable à monsieur Saito.

– Essayez quand même. Au moins, faites semblant. J’ai reçu des ordres à votre sujet. Est‑ce que c’est entendu ? »

Document iconographique : première de couverture du roman

Film de Alain Corneau

Remédiation

Pour entretenir et structurer les éléments cognitifs, on proposera plusieurs remédiations. Par exemple :

Bibliographie

1. Y. Baticle, Apprendre l’image, Magnard
2. R. Barthes, Le texte et l’image, catalogue, éditions Paris Musées
3. J-L Bourrissoux et P. Pelpel, Enseigner avec l’audiovisuel, les Editions d’Organisation
4. Y. Bourron, J-P Chapuis, J-L Ruby, Pédagogie de l’audiovisuel et du multimédia, Les Editions
de l’Organisation
5. M. Chailley et M-C Charles, La télévision pour lire et pour écrire, Hachette Education
6. C. Compte, J. Mouchon, Décoder le journal télévisé, Média FLE, BELC, Multigraphié
7. C. Compte, La vidéo en classe de langue, Hachette
8. C. de Margerie, L. Porcher, Des médias dans les cours de langues, Clé International
9. S. Eboli, A-M Kimmel, P. Mothe, L’utilisation de la vidéo en classe de langue, CIEP, collection
Les dossiers de Sèvres
10. J-C Fozza, Petite fabrique de l’image
11. G. Gauthier, Leçons sur l’image et le sens, Médiathèque, Edilig
12. J. Gonnet, Education et Médias, PUF, collection Que sais-je
13. J. Gonnet, L’actualité à l’école : pour des ateliers de démocratie, Armand Colin
14. Helbo, Sémiologie des messages sociaux, Médiathèque, Edilig
15. G. Jacquinot, L’école devant les écrans, ESF
16. G. Jacquinot et G. Leblanc, éds., Les genres télévisuels dans l’enseignement, Hachette
Education
17. F. Jost, Introduction à l’analyse de la télévision, Ellipses
18. F. Jost, La télévision du quotidien : entre réalité et fiction, INA, De Boeck Université
19. Th. Lancien, Le document vidéo, Clé International, collection Techniques de classes
20. Th. Lancien, Le journal télévisé, construction de l’information et compétences d’interprétation,
Didier
21. Th. Lancien, « Médias, faits et effets », numéro spécial du Français dans le Monde, Edicef
22. Moles, L’image, communication fonctionnelle, Casterman
23. L. Porcher, Télévision, culture, éducation, Armand Colin
24. G. Roudière, Décrypter les débats télévisés, ESF Editeur
25. Semprini, Analyser la communication, L’Harmattan
26. J. C. Soulages, Les mises en scène visuelles de l’information, INA, Nathan

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